Cultiver des concombres sous serre
Variétés sans pollinisation, dates de semis et de plantation, palissage sur ficelle, taille et arrosage : la méthode complète pour réussir les concombres sous serre et éviter l’oïdium et l’amertume.

Choisir ses variétés de concombres pour la serre
Deux familles de variétés se partagent les catalogues, et ce choix change la façon de conduire la culture.
- Les hybrides parthénocarpiques (notés F1 ou HF1) forment leurs fruits sans pollinisation. Ils portent presque uniquement des fleurs femelles : moins de graines, moins de fruits déformés et pas de fleurs mâles à supprimer, résume la fiche concombre du réseau GAB/FRAB de Bretagne. C’est le choix le plus simple sous serre, puisque la récolte ne dépend pas du passage des insectes. Le concombre Bella F1 est vendu comme parthénocarpique.
- Les variétés anciennes non hybrides, comme Le Généreux ou Vert long maraîcher, portent des fleurs mâles et des fleurs femelles. Elles ont besoin des insectes pour former leurs fruits : laissez la porte et les fenêtres ouvertes pendant la floraison.
Regardez ensuite deux critères sur le sachet. La résistance ou la tolérance à l’oïdium, la maladie la plus fréquente sous serre : on présente par exemple le concombre Gynial HF1 comme résistant aux maladies et sans amertume. Et le format du fruit : la fiche technique de Bio 46 (réseau Bio Occitanie) distingue les courts épineux, les mini concombres lisses de 60 à 100 g et les longs lisses de 300 à 500 g.
Évitez de mélanger les deux familles dans la même serre. Bio 46 signale que les types longs lisses peuvent s’hybrider avec les autres types, et la Royal Horticultural Society (RHS) conseille de retirer les rares fleurs mâles des variétés à fleurs femelles, car un fruit pollinisé peut devenir amer (guide concombre de la RHS).
Quand semer et planter les concombres sous serre ?
Le concombre est une plante de chaleur. Sa croissance s’arrête vers 14 °C, le zéro de végétation indiqué par Bio 46, et la moindre gelée le détruit. Sous une serre non chauffée, c’est donc la température des nuits dans la serre qui fixe la date de plantation.
| Étape | Quand, en serre non chauffée | Repère |
|---|---|---|
| Semis en godets | Fin mars à début mai | Au chaud, autour de 25 °C ; 4 à 5 semaines avant une plantation en avril ou mai, 2 à 3 semaines en juin (Bio 46) |
| Levée | 4 à 6 jours après le semis | Terreau à 18 °C minimum |
| Plantation | Mai en général, dès fin avril en région douce, jusqu’en juin pour une seconde série | Nuits dans la serre au-dessus de 12 °C (RHS), sol à 16 °C minimum (Bio 46), plant de 2 à 5 feuilles selon le mois |
| Espacement | À la plantation | 50 à 60 cm entre les pieds sur le rang |
| Premières récoltes | Environ 3 à 4 mois après le semis | |
| Fin de récolte | Automne | Quand les nuits fraîchissent et que la production s’arrête |
Ces périodes sont des repères. La date des dernières gelées varie selon la région et d’une année à l’autre : Météo-France compte par exemple 45 à 80 jours de gel par an dans le quart nord-est. Un thermomètre à minima et maxima posé dans la serre, à hauteur des plants, vous dira mieux que le calendrier quand planter.
- Semez deux ou trois graines par godet individuel. Si plusieurs lèvent, gardez la plus vigoureuse. La conduite du semis est détaillée dans notre guide pour réussir ses semis sous serre.
- Préparez une terre riche et meuble, enrichie de compost bien décomposé : Bio 46 déconseille la matière organique fraîche. La même fiche déconseille de planter après une cucurbitacée (courgette, melon) ou une solanacée (tomate, aubergine, poivron) : changez de planche d’une année sur l’autre.
- Plantez la motte bien humide au ras du sol, sans enterrer le collet, qui pourrit facilement, puis arrosez copieusement.
- Placez les concombres dans la partie la plus éloignée de la porte, le long d’une paroi où leurs tiges ne feront pas d’ombre au reste. Si vous cultivez aussi des tomates, gardez-leur la zone proche de la porte et des aérations, plus sèche (voir notre guide pour cultiver des tomates sous serre).
Palisser les concombres à la verticale
Sous serre, on fait monter chaque pied le long d’une ficelle plutôt que de le laisser courir au sol. Les feuilles reçoivent plus de lumière, l’air circule entre elles, les fruits pendent droits et propres, et la place au sol reste libre pour d’autres cultures. Chez les maraîchers, la tige principale monte jusqu’à un fil tendu vers 1,80 à 2 m (APABA, les bio de l’Aveyron). Nos serres offrent de 2,10 m (La Mini) à 2,45 m (La Moderne) sous le faîtage.
- Installez le support sous le toit, au-dessus du rang. Le kit de reliure végétale pour serres s’ancre à la structure, guide les grimpantes jusqu’au faîtage et laisse l’allée dégagée. Il existe en six longueurs, de 2 à 12 m, assorties aux longueurs de nos serres.
- Attachez une ficelle par pied dès la plantation, et fixez-la en bas sans serrer la tige.
- Enroulez la tige autour de la ficelle deux à trois fois par semaine en pleine pousse. Bio 46 conseille de le faire en fin de journée, pour réduire le risque de casser la tige. Les vrilles s’accrochent aussi d’elles-mêmes.
- Gardez la ficelle bien tendue : une ficelle lâche laisse la plante s’affaisser et déforme les fruits.
Tailler les concombres sous serre
La taille équilibre feuilles et fruits et évite que la plante s’épuise dès le bas. Pour une variété parthénocarpique palissée sur ficelle, la méthode la plus simple reprend la conduite décrite par l’APABA et par Bio 46 :
- Sur les 40 à 60 premiers centimètres, supprimez toutes les fleurs, les petits fruits et les tiges secondaires. La plante installe d’abord ses racines et ses feuilles.
- Au-dessus, jusqu’au fil, laissez un fruit à l’aisselle de chaque feuille de la tige principale, ou un sur deux si la plante peine, et supprimez les tiges secondaires dès qu’elles apparaissent.
- Arrivée au fil, faites passer la tête par-dessus le fil ou pincez-la, puis laissez redescendre une ou deux tiges secondaires, qui porteront chacune deux ou trois fruits.
- Effeuillez le bas au fil des récoltes : retirez les feuilles jaunies ou qui touchent le sol, en gardant deux à trois feuilles sous le dernier fruit, avec un sécateur propre.
Les variétés qui fructifient sur leurs tiges secondaires se conduisent autrement : la RHS conseille de pincer chaque tige secondaire deux feuilles au-delà d’une fleur femelle, reconnaissable au petit fruit placé derrière la fleur. Pour une culture au jardin, on se contente de pincer la tête au-dessus de la deuxième feuille. Le sachet de graines précise en général la conduite de la variété.
Arroser, pailler et garder l’humidité sous contrôle
Le concombre a besoin d’eau régulière : un apport irrégulier rend les fruits amers. Arrosez au pied, sans mouiller le feuillage, pour que la terre reste fraîche sans être détrempée. Évitez les heures chaudes : le matin convient le mieux.
- Un goutte-à-goutte assure cette régularité, y compris pendant une absence. Le système d’irrigation, proposé pour 8 ou 10 m², apporte l’eau au pied de chaque plante. Fréquences et réglages sont détaillés dans notre guide pour arroser une serre.
- Un paillage de paille, de chanvre ou de BRF, cités par Bio 46, garde la terre fraîche entre deux arrosages.
- Un air assez humide : Bio 46 situe l’optimum entre 65 et 75 % d’humidité relative en production. Par temps chaud et sec, mouillez l’allée le matin plutôt que les feuilles ; la RHS indique que ce geste limite les araignées rouges et l’oïdium.
- Jamais d’eau qui stagne sur les feuilles : le mildiou des cucurbitacées peut s’installer après 2 heures de feuillage mouillé à 20 °C, selon le guide de l’APABA sur l’hygrométrie sous abri. Aérez chaque jour et arrosez le matin pour que le feuillage soit sec avant la nuit. Les causes de la buée et ses remèdes sont expliqués dans notre article sur la condensation dans une serre.
- De l’ombre en plein été : Bio 46 conseille un ombrage au faîtage et face sud, car un soleil direct trop fort brûle les feuilles. Une toile d’ombrage posée sur le toit remplit ce rôle ; voir aussi notre guide si votre serre est trop chaude en été.
Oïdium, amertume, fruits qui jaunissent : les problèmes fréquents
| Ce que vous voyez | Cause probable | Que faire |
|---|---|---|
| Feutrage blanc et poudreux sur les feuilles | Oïdium, favorisé par un temps chaud et un air humide sans eau sur les feuilles, et par une plantation serrée et peu aérée | Espacer, aérer, retirer les feuilles touchées, choisir une variété tolérante. On conseille en préventif un mélange de soufre mouillable et de petit-lait |
| Taches jaunes anguleuses sur le dessus des feuilles, duvet dessous | Mildiou des cucurbitacées, qui a besoin de feuilles mouillées | Arroser au pied le matin, aérer, sortir les feuilles atteintes de la serre |
| Fruits amers | Arrosage irrégulier ; fruit pollinisé d’une variété à fleurs femelles | Arroser à intervalles réguliers, pailler, retirer les fleurs mâles des variétés parthénocarpiques |
| Petits fruits qui jaunissent et se flétrissent | Plante trop chargée, manque d’eau ou nuits froides ; fleurs non pollinisées sur une variété ancienne | Supprimer une partie des jeunes fruits, récolter plus souvent, régulariser l’arrosage, ouvrir la serre aux insectes |
| Gros fruits devenus jaunes | Fruits cueillis trop tard | Récolter quand le fruit est encore vert et ferme |
| Plaques jaunes sur le fruit | Coup de soleil | Ombrer le toit en été |
| Tête qui fane, feuillage qui fonce | Manque d’eau | Arroser, vérifier les goutteurs |
| Feuilles piquetées de jaune, fines toiles dessous | Araignées rouges, favorisées par l’air chaud et sec | Mouiller l’allée par temps chaud, retirer les feuilles très atteintes |
Ce tableau reprend les fiches de Bio 46, du réseau GAB/FRAB, de la RHS et la fiche oïdium du concombre d’Ephytia, la base de l’INRAE sur les maladies des plantes. L’oïdium mérite une attention particulière : Ephytia situe sa période à risque de février à septembre et note qu’il se développe davantage dans les plantations serrées et peu aérées. Pour les autres maladies et les ravageurs, consultez notre guide des maladies et ravageurs sous serre.
Récolter les concombres
Les premiers fruits arrivent environ 3 à 4 mois après le semis. Cueillez-les quand ils sont uniformément verts et fermes, à la longueur prévue pour la variété : environ 8 cm pour un mini concombre et 20 à 25 cm pour un concombre classique selon la RHS, 25 à 28 cm pour une variété longue comme Gynial HF1.
- Passez tous les 2 à 3 jours en pleine production, de préférence le matin, comme le conseille Bio 46. Des récoltes rapprochées améliorent la qualité des fruits et allègent les plantes, note la fiche GAB/FRAB.
- Coupez le pédoncule au couteau ou au sécateur plutôt que de tirer sur le fruit, pour ne pas blesser la tige.
- Ne laissez pas grossir un fruit oublié : quand il jaunit, il est trop mûr pour la cuisine.
- Arrachez les pieds à l’automne, quand la production s’arrête, et sortez les feuilles malades de la serre. La place libérée accueille les semis de saison froide : voir que planter dans sa serre en automne.
Vos questions, en bref
Dans une serre non chauffée, plantez-les en mai en général, dès fin avril dans les régions douces, quand les nuits dans la serre restent au-dessus de 12 °C environ et que le sol atteint au moins 16 °C. Les dates changent selon la région et l’année : un thermomètre à minima et maxima vous le dira mieux que le calendrier. Semez 4 à 5 semaines plus tôt, en godets, autour de 25 °C.
Oui, surtout s’ils sont palissés sur ficelle. Sur une variété parthénocarpique, supprimez fleurs, fruits et tiges secondaires sur les 40 à 60 premiers centimètres. Au-dessus, laissez un fruit à l’aisselle des feuilles de la tige principale et retirez les tiges secondaires. Arrivée au fil, pincez la tête et laissez redescendre une ou deux tiges. Pour une variété qui fructifie sur ses tiges secondaires, pincez-les deux feuilles au-delà d’une fleur femelle.
Le plus souvent à cause d’un arrosage irrégulier : le concombre a besoin d’un apport d’eau régulier pour ne pas devenir amer. Évitez qu’une terre sèche alterne avec une terre détrempée, arrosez au pied et paillez. Sur une variété parthénocarpique, un fruit pollinisé peut aussi être amer : retirez les rares fleurs mâles. À l’achat, privilégiez une variété présentée comme sans amertume.
Oui, avec quelques précautions. Les deux aiment la chaleur, mais pas la même humidité : le concombre apprécie un air assez humide, alors que chez la tomate l’air saturé favorise la pourriture grise et le mildiou. On déconseille d’ailleurs de les planter côte à côte. Placez les tomates près de la porte et des aérations, les concombres au fond, arrosez au pied et aérez chaque jour.
Comptez un pied tous les 50 à 60 cm sur le rang (50 cm pour Bio 46), soit 6 à 8 pieds pour un rang de 4 m le long d’une paroi. Dans une serre de 3 m de large comme La Classique, ce rang placé loin de la porte laisse le reste de la serre aux tomates et aux salades. Ajustez ensuite selon votre consommation : en pleine saison, on cueille tous les 2 à 3 jours.
Sur une variété parthénocarpique, oui : elle porte presque uniquement des fleurs femelles, et la RHS conseille de retirer les rares fleurs mâles, car un fruit pollinisé peut devenir amer. La fleur femelle se reconnaît au petit concombre placé derrière la fleur, la fleur mâle n’en a pas. Sur une variété ancienne non hybride, gardez au contraire les fleurs mâles : sans leur pollen, pas de fruits.



