Condensation et humidité dans une serre : causes et solutions
La buée qui ruisselle le matin vient de l’air humide qui touche une paroi froide. Normale, elle devient un problème quand l’eau reste sur les feuilles : pourriture grise, mildiou. Causes, risques et gestes pour la réduire, jusqu’à l’eau dans les alvéoles des panneaux.

Pourquoi la serre ruisselle-t-elle le matin ?
L’air contient toujours de la vapeur d’eau, d’autant plus qu’il est chaud. Dans une serre fermée, elle s’accumule : les plantes en rejettent par leurs feuilles, le sol humide en libère, chaque arrosage en ajoute. La nuit, les parois perdent leur chaleur vers le ciel et deviennent les surfaces les plus froides. Quand l’air qui les touche descend sous son point de rosée, la vapeur redevient liquide : buée d’abord, puis gouttes qui ruissellent ou tombent du toit.
Le guide de l’APABA sur l’hygrométrie sous abris (Association pour la promotion de l’agriculture biologique en Aveyron) en donne un exemple : un air à 20 °C et 80 % d’humidité relative a un point de rosée d’environ 16,5 °C, et toute surface plus froide se couvre d’eau. Le même guide note qu’une nuit dégagée et fraîche fait bien plus condenser qu’une nuit couverte et douce. D’où les parois qui ruissellent en automne, en hiver et au printemps, quand des journées douces chargent l’air d’humidité et que les nuits refroidissent les parois.
Une serre bien close garde la chaleur, mais aussi l’humidité : la base Ephytia de l’INRAE observe que la pourriture grise est plus grave dans les serres neuves, souvent plus étanches. Un chauffage au gaz ou au pétrole ajoute de l’eau : selon la RHS (Royal Horticultural Society), leur combustion produit vapeur d’eau, éthylène et monoxyde de carbone, et impose d’aérer la serre. Les options sont comparées dans notre guide pour chauffer une serre de jardin.
Quels risques pour les plantes ?
La buée sur les parois n’est pas un défaut de la serre. Le risque, c’est l’eau qui reste sur les feuilles et l’air saturé pendant des heures : Ephytia note que la pourriture grise de la tomate est souvent plus sévère sous abri qu’en plein champ, l’environnement y étant généralement plus humide.
| Maladie | Ce qui la favorise, selon Ephytia (INRAE) | Parade conseillée |
|---|---|---|
| Pourriture grise (Botrytis) : feutrage gris sur tiges, feuilles et fruits | Humidité relative proche de 95 % et 17 à 23 °C ; ses spores germent en quelques heures (5 heures à 20 °C) sur des feuilles mouillées | Aérer au maximum pour éviter l’eau libre sur les plantes, retirer vite fruits pourris et débris |
| Mildiou de la tomate | Humidité supérieure à 90 %, nuits froides et journées modérément chaudes ; 2 heures d’eau sur les feuilles suffisent pour amorcer une infection | Éviter tout film d’eau sur les plantes, ne jamais mouiller le feuillage le soir |
| Cladosporiose de la tomate : taches sur les feuilles | Abris très humides en automne, en début d’hiver et au printemps, surtout avec de forts écarts entre le jour et la nuit et un temps couvert | Aérer pour ramener l’humidité sous 85 % et éviter l’eau libre sur les feuilles |
Le mildiou touche surtout les tomates de plein champ, mais Ephytia le signale aussi dans les abris « au climat mal maîtrisé ». Elle rapporte également moins de pourriture grise sous les couvertures où se forment moins de gouttes d’eau sur les parois. Pour reconnaître les symptômes et les autres ennemis des cultures, voyez notre guide des maladies et ravageurs sous serre.
Réduire l’humidité : aération, arrosage, espacement, paillage
- Aérez chaque jour doux. Le guide de l’APABA conseille d’ouvrir quand l’intérieur dépasse l’extérieur de 2 à 3 °C, pour sécher le feuillage dans les deux heures qui suivent le lever du soleil. L’air chaud et humide monte sous le toit : une fenêtre de toit pour serre, manuelle ou automatique, le laisse sortir par le haut. En votre absence, la Ventilation Automatique pour serre ouvre une fenêtre quand l’air chauffe, grâce à un vérin à cire, sans électricité ; elle réagit à la température, pas à l’humidité. Les horaires saison par saison sont dans notre guide pour bien ventiler une serre.
- Arrosez le matin et au pied. Sous abri, Ephytia conseille de n’irriguer que lorsque les plantes sont en mesure d’évaporer, d’éviter l’aspersion et, à défaut, de ne jamais mouiller le feuillage en fin de journée. Par temps gris et frais, espacez les arrosages. Un système d’irrigation goutte-à-goutte pour serre apporte l’eau au pied, sans mouiller les feuilles. Plus de repères dans notre guide de l’arrosage sous serre.
- Espacez les plantes. Un feuillage serré sèche mal. Ephytia suggère de réduire la densité de plantation et d’effeuiller le bas des tomates pour améliorer la circulation de l’air. Taillez par temps sec, jamais en période couverte et humide, et retirez vite feuilles mortes, fruits pourris et débris, sur lesquels la pourriture grise se maintient.
- Paillez le sol. Selon la RHS, un paillage limite l’évaporation à la surface du sol, si bien que l’on arrose moins souvent : moins d’eau part dans l’air de la serre.
Brasser l’air pour sécher le feuillage
Même serre ouverte, l’air peut stagner dans les coins, au ras du sol et au cœur d’un rang touffu, là où les feuilles restent mouillées le plus longtemps.
- Laissez une allée dégagée entre la porte et le fond de la serre, sans étagère ni grand pot devant une ouverture.
- Écartez les plantes des parois : c’est sur elles que l’eau se condense, et une feuille qui les touche reste mouillée.
- Effeuillez le bas des tomates par temps sec, pour que l’air passe sous le feuillage.
- Brassez l’air, par exemple avec un petit ventilateur : pour des tomates en floraison avec 80 à 85 % d’humidité, le guide de l’APABA conseille une aération latérale modérée associée à un brassage de l’air. Choisissez un appareil vendu pour un usage en serre et faites installer l’alimentation électrique par un professionnel, comme la RHS le recommande pour les appareils électriques en serre.
De l’eau ou de la saleté dans les alvéoles du polycarbonate
Un panneau double paroi comporte deux faces reliées par des cloisons, qui forment des alvéoles. De la buée peut s’y former aussi : cette condensation peut apparaître par temps défavorable et reste le plus souvent temporaire, sans nuire, pour les plaques, à leur fonction ni à leur durée de vie. Une buée qui s’évapore quand le soleil réchauffe le panneau ne demande pas d’intervention.
Les alvéoles se ferment au montage. Sur La Classique, le ruban adhésif aluminium fourni se pose sur le haut de chaque plaque avant sa fixation : selon la notice de montage de La Classique, il bouche les chambres alvéolaires et limite les risques d’infiltration d’humidité ou de moisissures. Le même ruban protège le haut des portes et des fenêtres, et un joint gris posé le long de l’arc des façades bouche aussi les alvéoles. Pour les autres modèles, suivez la notice de votre serre : toutes sont réunies dans notre guide de montage d’une serre de jardin.
Si de l’eau stagne dans les alvéoles ou si de la saleté s’y accumule :
- vérifiez que le ruban aluminium couvre toujours le haut du panneau, sur toute sa largeur, sans être décollé ni déchiré, et que le joint des façades est en place ;
- ne percez pas le panneau et n’y injectez aucun produit : la notice exclut tout nettoyant à base de solvant ou d’alcool, qui endommage le polycarbonate (pour l’entretien courant, voyez notre guide pour nettoyer une serre en polycarbonate) ;
- écrivez-nous avec des photos depuis la page contact : nous verrons avec vous comment reprendre le panneau.
Suivre l’humidité avec un hygromètre
Un thermomètre-hygromètre à mémoire des minima et maxima, placé au milieu de la serre à hauteur des cultures et à l’abri du soleil direct, montre ce qui se passe la nuit. Relevez-le le matin, avant d’ouvrir.
Il n’existe pas de taux d’humidité idéal unique, plutôt des seuils de risque par maladie : Ephytia situe les conditions très favorables à la pourriture grise autour de 95 % d’humidité relative et le mildiou de la tomate au-dessus de 90 %, et conseille contre la cladosporiose d’aérer pour redescendre sous 85 %. L’APABA ajoute que la moyenne sur 24 heures compte moins que la durée : le nombre d’heures au-dessus de 90 % et le temps pendant lequel les feuilles restent mouillées.
Si l’hygromètre reste près de 100 % toute la nuit et que les feuilles sont encore mouillées en milieu de matinée, ouvrez plus tôt, arrosez moins et espacez les plantes.
Buée, gouttes, moisissure : que faire selon ce que vous voyez ?
| Ce que vous voyez | Ce que cela indique | Que faire |
|---|---|---|
| Buée sur les parois le matin, disparue en fin de matinée | Condensation normale après une nuit fraîche | Ouvrir dès que le soleil réchauffe la serre |
| Gouttes qui tombent du toit sur les plantes | Air très humide, serre restée fermée | Aérer par le haut, arroser moins et seulement le matin, déplacer les semis hors des zones de goutte |
| Feuilles encore mouillées en milieu de matinée | Humidité qui dure, terrain favorable au mildiou et à la pourriture grise | Ouvrir plus tôt, espacer les plantes, effeuiller le bas des tomates par temps sec |
| Feutrage gris sur une tige, une feuille ou un fruit | Pourriture grise probable | Retirer les parties atteintes et les débris, aérer davantage |
| Buée dans les alvéoles, disparue au soleil | Condensation passagère dans le panneau | Rien à faire, sinon vérifier le ruban en haut des panneaux |
| Eau ou saleté qui reste dans les alvéoles | Extrémité de panneau mal fermée ou panneau à reprendre | Contrôler ruban et joint, nous envoyer des photos |
Les nuits fraîches et les premières gelées arrivent plus ou moins tôt selon la région et l’année : fiez-vous à la météo locale plutôt qu’au calendrier, et complétez ces gestes avec nos conseils pour éviter le gel dans une serre.
Vos questions, en bref
Oui. Dès que l’air chaud et humide de la serre touche une paroi plus froide que son point de rosée, la vapeur d’eau se dépose en buée puis en gouttes. Le phénomène est fréquent le matin, en automne, en hiver et au printemps, surtout après une nuit claire. Il devient un problème quand l’eau reste sur les feuilles ou que l’air reste saturé des heures durant : c’est ce qui favorise la pourriture grise et le mildiou.
Aérez les jours doux et ensoleillés, en milieu de journée, de préférence par une fenêtre de toit, et refermez avant que le soleil ne baisse. Arrosez peu, le matin et au pied. Retirez les feuilles mortes et les fruits abîmés. La RHS rappelle que l’humidité et les pourritures font beaucoup de dégâts en hiver, même quand l’arrosage est bien dosé.
Ce n’est pas nécessaire en temps normal : la buée s’évapore quand la serre se réchauffe et que vous l’aérez, et essuyer les parois ne règle pas la cause, qui est l’air humide. Si des gouttes tombent sans cesse au même endroit, sur des semis par exemple, essuyez doucement avec un chiffon doux et propre, sans produit à base de solvant ou d’alcool, pour ne pas rayer ni abîmer le polycarbonate.
Si c’est une buée qui disparaît quand le soleil réchauffe le panneau, rien : c’est une condensation passagère. Si l’eau stagne ou si de la saleté s’accumule, vérifiez que le ruban adhésif aluminium couvre bien le haut du panneau et que le joint des façades est en place. Ne percez pas le panneau et n’y injectez aucun produit. Écrivez-nous avec des photos : nous verrons avec vous comment le reprendre.
Il n’y a pas de chiffre idéal unique. Les références techniques donnent des seuils de risque : Ephytia (INRAE) situe les conditions très favorables à la pourriture grise vers 95 % d’humidité relative et le mildiou de la tomate au-delà de 90 %, et conseille de redescendre sous 85 % contre la cladosporiose. Plus que la moyenne, surveillez combien d’heures l’air reste saturé et combien de temps les feuilles restent mouillées.
Oui. La RHS rappelle que la combustion du gaz ou du pétrole produit de la vapeur d’eau, de l’éthylène et du monoxyde de carbone : la serre doit être aérée pour évacuer ces gaz, ce qui réduit l’effet du chauffage. Un chauffage électrique, lui, n’ajoute pas d’eau dans l’air. Dans tous les cas, choisissez un appareil prévu pour un usage en serre.



