Préparer le sol d’une serre : quelle terre et quel amendement ?
Tester la terre, l’amender au bon moment, choisir entre pleine terre et bacs, pailler, faire tourner les familles de légumes et régénérer un sol fatigué : la méthode pour garder une terre de serre fertile année après année.

Quelle terre pour une serre ?
Sous serre, la terre ne reçoit jamais de pluie et porte des cultures presque toute l’année. Comme le rappelle Jardiner Autrement, la plateforme de la Société nationale d’horticulture de France (SNHF), l’arrosage doit y couvrir tous les besoins en eau. Visez une terre :
- meuble, où les racines et l’eau pénètrent sans effort ;
- bien drainée, sans flaque après l’arrosage ;
- riche en matière organique, qui améliore sa structure et sa réserve en eau ;
- proche d’un pH de 6,5, que la Royal Horticultural Society (RHS, la société royale d’horticulture britannique) juge le plus polyvalent au jardin.
Une bonne terre de jardin enrichie de compost mûr convient à la plupart des légumes. Réservez le terreau aux semis, aux pots et aux sacs de culture. Pour choisir vos premières cultures, voyez comment débuter le potager sous serre.
Observer et tester le sol de la serre
Trois observations suffisent pour savoir quoi corriger avant d’amender.
- La texture. Avec la technique de la bouteille décrite par Jardiner Autrement, remplissez à moitié une bouteille de terre sèche émiettée, complétez d’eau jusqu’aux deux tiers, secouez puis laissez décanter quelques heures. Sable, limons et argiles se déposent en couches : leur hauteur donne la proportion de chacun.
- Le pH. Un kit de jardinerie suffit pour savoir s’il faut chauler. Mesurez au moins trois mois après un apport de chaux, d’engrais ou de matière organique, qui fausse le résultat.
- L’analyse de laboratoire, si les cultures végètent sans raison apparente : Jardiner Autrement conseille de prélever 10 à 20 échantillons à 30 cm de profondeur et d’envoyer environ 500 g du mélange, en fin d’hiver.
Observez aussi la terre à la bêche : si elle se tasse en blocs et que l’eau ruisselle au lieu de s’infiltrer, elle manque de structure et de matière organique.
Amender la terre : compost, fumier, quand et combien ?
Un amendement améliore la structure et la vie du sol, un engrais nourrit directement la plante. Sous serre, compost et fumier font l’essentiel du travail.
| Apport | Quand | Dose et méthode | Précaution |
|---|---|---|---|
| Fumier bien décomposé | Automne | 5 à 10 kg par m², mélangés aux premiers centimètres | Jamais frais : compostez-le d’abord |
| Compost mûr | Fin d’hiver | 5 à 10 kg par m², ou en paillis | Un compost grossier reste en surface |
| Chaux | Août à octobre | Seulement sur une terre acide | Jamais sans mesure du pH |
| Engrais vert | Entre deux cultures | Fauché avant floraison, enfoui en surface | 4 à 5 semaines avant la culture suivante |
La RHS recommande 5 à 10 kg de matière organique par m², soit un demi à un seau de 15 litres, et déconseille les apports en fin d’été : dans une terre chaude, la matière se décompose trop vite et ses éléments nutritifs se perdent avant les cultures suivantes. Jardiner Autrement place le fumier à l’automne et le compost en fin d’hiver, et rappelle qu’une matière mal décomposée mobilise l’azote du sol au détriment des cultures (la « faim d’azote »). Enfin, certains fumiers contiennent des résidus de désherbant : si vous ignorez sa provenance, semez d’abord quelques graines dans un pot du produit.
Pleine terre ou bacs : que choisir pour le sol ?
Sur une terre saine, la pleine terre offre le plus de volume aux racines et demande le moins de matériel. Les bacs prennent le relais sur une dalle, sur une terre caillouteuse ou compacte, ou quand les maladies du sol s’installent. La RHS indique que 30 cm de terre suffisent aux salades et aux fraisiers, mais que la plupart des plantes demandent 45 cm ou plus. Pour une terre douteuse, elle conseille aussi de grands pots ou des sacs de culture posés sur un film plastique, idéalement blanc.
Notre lit potager surélevé existe en quatre formats : ceux de 10 et 20 cm de haut délimitent une planche sur la terre en place, celui de 1,5 × 0,75 × 0,5 m est le seul à dépasser 45 cm de profondeur. Pour des planches de pleine terre bien délimitées, le séparateur en forme de U retient la terre le long des parois et dégage l’allée. Les plans types sont dans notre guide pour aménager l’intérieur d’une serre.
Pailler le sol sous serre
Un paillis limite l’évaporation, freine les herbes indésirables et nourrit la faune du sol en se décomposant. Jardiner Autrement donne les règles utiles sur les effets du paillage :
- Quand : sur une terre humide, après la levée des semis ou la plantation, et à l’automne sur une planche libre.
- Épaisseur : 3 à 5 cm, un peu plus pour des feuilles. La RHS compte au moins 5 cm pour un paillis de compost ou de fumier décomposé.
- Matériaux : paille, compost mûr, feuilles broyées. Évitez les tontes fraîches, qui attirent les limaces, et les écorces de pin, qui acidifient la terre.
- À éviter : coller le paillis aux tiges ou l’enfouir en fin de saison : enterré, il fermente et prive le sol d’azote.
Un paillis espace les arrosages sans les remplacer : voyez notre guide pour arroser une serre.
Rotation des cultures dans une petite serre
Beaucoup de maladies et de ravageurs sont propres à une famille de plantes : changer de famille interrompt leur cycle. Jardiner Autrement conseille une rotation sur au moins trois ou quatre ans, et note que sous serre les rotations sont plus restreintes qu’en plein air, d’où un risque accru de maladies des racines, comme les racines liégeuses de la tomate ou le Phomopsis du concombre.
| Famille | Légumes courants sous serre | À savoir |
|---|---|---|
| Solanacées | Tomate, poivron, piment, aubergine | La plus cultivée sous serre, la première à déplacer |
| Cucurbitacées | Concombre, melon, courgette | Sensibles elles aussi aux maladies des racines |
| Astéracées | Laitue, chicorée | Cycles courts, faciles à intercaler |
| Brassicacées | Radis, roquette, navet | Même famille que la moutarde, engrais vert courant |
| Amaranthacées | Épinard, blette | Utiles en automne et en hiver |
| Fabacées | Haricot, pois | Fixent l’azote de l’air par leurs racines |
Découpez la serre en trois planches (les deux latérales et celle du fond, par exemple) et attribuez-leur trois groupes : solanacées, cucurbitacées, puis légumes feuilles, racines et légumineuses. Chaque année, décalez chaque groupe d’une planche : une famille ne revient au même endroit qu’au bout de trois ans. Si les tomates ne peuvent pas changer de place, cultivez-les en grands pots de substrat neuf ou choisissez des plants greffés (voir notre guide des tomates sous serre).
Sol de serre fatigué : comment le régénérer ?
Des cultures qui végètent d’année en année malgré les apports, des plants qui flétrissent alors que la terre est humide ou des racines brunies et liégeuses peuvent révéler une maladie du sol : comparez-les avec notre guide des maladies et ravageurs sous serre. Quatre leviers, du plus doux au plus radical :
- Un engrais vert. Selon Jardiner Autrement, la phacélie se sème d’avril à août et la moutarde blanche d’avril à octobre ; la RHS cite le seigle, semé d’août à novembre et enfoui au printemps. Fauchez avant la floraison, enfouissez en surface, attendez 4 à 5 semaines avant de planter, et arrosez-le comme une culture.
- De la matière organique chaque année, et une terre paillée en permanence.
- La chaleur. La solarisation couvre une terre humide d’une bâche transparente pendant 4 à 6 semaines en été pour détruire des spores et des parasites. Jardiner Autrement décrit aussi l’étuve sanitaire d’automne : serre vidée et fermée par journées chaudes, terre humidifiée au préalable et couverte d’un film transparent. Retirez d’abord les gaines d’arrosage en plastique, que la chaleur peut déformer.
- Une terre neuve. La RHS conseille de remplacer la terre des planches tous les trois à cinq ans pour limiter l’accumulation de maladies. Ne creusez pas au pied des parois : les arceaux de nos serres, comme les pieds en T de La Pique, sont enfoncés à environ 35 cm.
Laisser reposer la terre ne veut pas dire la laisser nue : un engrais vert ou un paillis protège sa structure. En fin de saison, retirez aussi les débris de culture, qui abritent des parasites d’une année sur l’autre. Au printemps, plantez selon les dernières gelées, qui varient selon les régions et les années.
Vos questions, en bref
Une terre de jardin meuble et bien drainée, enrichie de compost mûr ou de fumier bien décomposé, avec un pH proche de 6,5. Si la terre en place est compacte, caillouteuse ou malade, cultivez dans des bacs d’au moins 45 cm de profondeur remplis de bonne terre végétale et de compost, ou dans de grands pots. Réservez le terreau aux semis et aux pots.
Non. Une terre entretenue par du compost, un paillage et une rotation des familles se garde plusieurs années. La RHS conseille de remplacer la terre des planches tous les trois à cinq ans lorsque des maladies du sol s’y accumulent. Avant d’en arriver là, essayez les engrais verts, la solarisation ou les plants greffés. Seul le substrat des pots se renouvelle plus souvent.
Oui, s’il est bien décomposé. Apportez-le à l’automne, à raison de 5 à 10 kg par m², mélangé aux premiers centimètres de terre. Le fumier frais se composte d’abord : enfoui tel quel, il se décompose mal et peut priver les cultures d’azote. Si vous ignorez sa provenance, faites un test de germination, car certains fumiers contiennent des résidus de désherbant.
Divisez la serre en trois planches et attribuez à chacune un groupe : solanacées (tomates, poivrons, aubergines), cucurbitacées (concombres, melons), puis légumes feuilles, racines et légumineuses. Chaque année, décalez chaque groupe d’une planche, pour qu’une famille ne revienne au même endroit qu’au bout de trois ans. Si les tomates ne peuvent pas bouger, cultivez-les en grands pots ou choisissez des plants greffés.
Entre la fin des cultures d’été et le printemps, le seigle se sème d’août à novembre et s’enfouit au printemps, selon la RHS. Sur une planche libre au printemps ou en été, la phacélie (avril à août) et la moutarde blanche (avril à octobre) conviennent, la moutarde loin des radis et des choux. Fauchez avant la floraison et attendez 4 à 5 semaines avant de planter.



